L’interrelation des enjeux climatiques et sécuritaires

Spread the love

 

Le changement climatique et ses effets sur notre environnement et nos sociétés sont désormais indéniables. Afin de réfléchir à la manière dont les politiques doivent réagir face à l’urgence climatique, il est tout d’abord important de qualifier le changement climatique de menace à la sécurité. Pour se faire, le concept de sécurité doit être défini. Ce dernier a en effet longtemps fait l’objet d’une interprétation restrictive, se cantonnant aux questions de souveraineté nationale ou d’intégrité territoriale (Ambrosi et Hallegatte 2005). Cependant, les principales menaces à la sécurité ne se limitent aujourd’hui plus qu’aux enjeux politico-militaires. En effet, le concept de sécurité comprend désormais plusieurs niveaux, d’humain à international, et s’est élargi afin d’intégrer des dimensions sociales, économiques et environnementales (Pomerleau 2009). Pour mieux cerner et gérer les problèmes relatifs à la crise climatique, il est donc important que les politiques conçoivent cet enjeu comme étant inter-relié aux enjeux de sécurité. La première partie de mon article démontrera en quoi la crise climatique constitue un enjeu de sécurité humaine, globale et internationale. Nous verrons ensuite en quoi la réciproque est également vraie; les conflits armés et toutes activités militaires constituent une menace environnementale non négligeable.

Des atteintes à la sécurité humaine

             Selon le Rapport sur le développement humain de 1994 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la sécurité humaine comprend la protection contre les menaces chroniques et « contre tout événement brutal susceptible de perturber la vie quotidienne ou de porter préjudice à son organisation dans les foyers, sur le lieu de travail ou au sein de la communauté » (Pomerleau 2009, 4). Tant pour les rendements agricoles et l’accès aux ressources en eau que pour la vulnérabilité des sociétés humaines face aux événements climatiques extrêmes, la crise climatique menace la sécurité humaine.

La littérature scientifique fait état de deux composantes du changement climatique qui affectent particulièrement les rendements agricoles: la variation des températures et l’instabilité pluviométrique (Badolo 2013). Ces derniers affecteraient directement la superficie et le rendement de terres arables ainsi que la durée des saisons de culture. En réduisant la disponibilité alimentaire, la crise climatique pourrait donc compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition, surtout pour les pays dont l’agriculture est la clé de voûte de l’économie. Sur le continent africain par exemple, l’agriculture est le premier secteur productif assurant plus de 40 % des recettes d’exportation (Pomerleau 2009). Pour ces pays dépendants du secteur agricole, il est donc à craindre que les baisses de rendements aient de lourdes conséquences socio-économiques à l’échelle nationale, affectant le revenu d’une partie de la population notamment, et des conséquences sociales, telle que l’exode de la population en périphérie des zones urbaines (Ambrosi et Hallegatte 2005). La baisse de rendements agricoles pourrait également occasionner une baisse de l’offre alimentaire sur les marchés internationaux et donc la hausse des prix. Les inégalités d’accès aux ressources alimentaires entre pays du Nord et du Sud pourraient alors se creuser davantage.

Le changement climatique pourrait également se traduire par la raréfaction des ressources en eau potable. En effet, la hausse du niveau des océans pourrait affecter les nappes phréatiques, alors contaminées par l’eau salée (Diallo et Renou 2015). La hausse des températures et l’avancée des déserts dans la zone du Sahel et en Afrique australe pourraient également entraver les ressources en eau potable (Pomerleau 2009). De même pour la fonte des glaciers ainsi que la croissance démographique et l’augmentation de la demande liée à la hausse générale du niveau de vie (Diallo et Renou 2015). La qualité des ressources en eau potable pourrait tout aussi bien être diminuée par les effets du changement climatique décrits précédemment, ce qui favoriserait la prolifération de maladies. Une approche multidimensionnelle est alors nécessaire à la gestion de cette crise puisque le nombre de protagonistes impliqués et les usages des ressources hydriques, qu’ils soient industriels, agricoles ou domestiques, sont considérables (Berthelot 2012).

Pour finir, le GIEC estime que l’augmentation des températures atmosphériques pourrait entraîner une intensification des cycles climatiques, causant des événements climatiques extrêmes et par conséquent des catastrophes naturelles plus destructrices (Diallo et Renou 2015). Dans les pays en voie de développement, il est à craindre que les pertes soient essentiellement humaines et touchent en premier lieu les catégories de population les plus pauvres. Au niveau économique, la production des pays dépendants de l’agriculture et de la pêche risquent d’être lourdement affectée par les évènements climatiques extrêmes. Par ailleurs, la hausse du niveau des mers pourrait exposer les régions côtières à des risques accrus d’inondations, d’érosion côtière et d’accroissement des zones inondables. Ainsi, les pays en développement situés dans des zones plus vulnérables (régions cyclonique ou de mousson) subiront de lourdes conséquences sur leur économie et leur population, n’ayant pas les infrastructures nécessaires à leur protection (Pomerleau 2009).

Et des atteintes à la sécurité globale et internationale…

             La crise climatique implique également des défis à l’échelle internationale du fait de la menace à la sécurité globale qu’elle constitue. La question des conflits pour les ressources et ses conséquences sur les populations locales a notamment été abordée par les grandes instances internationales telles que les Nations Unies.

Une branche spécifique du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) s’est en effet interrogée sur les liens entre ressources naturelles et conflits (Maertens 2014). Les rapports du PNUE ont ainsi présenté la question environnementale comme étant « un risque pour la consolidation de la paix et la reprise des conflits, (…) un enjeu de convoitise et de tensions et (…) une source de financement majeure permettant le déclenchement et la poursuite des efforts de guerre » (Maertens 2014, 4). Une première fois en 2007, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait débattu des potentielles conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale, notamment au sujet des conflits pour l’accès aux ressources rares. Au cours des discussions, les pays du Sud avaient cependant été défavorables à la prise en charge de la question climatique par le Conseil de sécurité en raison de la non-universalité de l’instance onusienne (Maertens 2015). Le Conseil de sécurité des Nations Unies a par ailleurs mandaté les casques bleus pour traiter directement et indirectement des tensions liées aux ressources naturelles au Cambodge, en République démocratique du Congo et au Soudan notamment (Maertens 2018).

La littérature scientifique a également établi que le sentiment d’insécurité associé à la dégradation des conditions de vie des populations suite au changement climatique, pourrait servir de catalyseur de crises notamment si l’insécurité est utilisée comme instrument de politique intérieure ou extérieure. Les conséquences du changement climatique pourraient alors représenter de lourds défis à la gouvernance des pays déjà fragilisés, exposant la sécurité de leur population (Pomerleau 2009). De plus, le changement climatique pourrait attiser des conflits entre groupes inter ou intra-étatiques pour l’usage des ressources naturelles, ce qui exacerberait leur rareté. Au-delà des simples tensions diplomatiques, nous pourrions envisager que les régions particulièrement touchées voient naitre des groupes civils ou militaires adoptant une réaction expansive, c’est-à-dire promouvant des conflits pour l’appropriations des ressources voire du terrorisme international (Ambrosi et Hallegatte 2005). Tous les effets du changement climatique et leurs impacts sur la sécurité humaine et globale pourraient également favoriser le déplacement des populations les plus touchées par la crise climatique. Ce phénomène est parfois défini comme étant de l’immigration environnementale, or, aucune définition ne fait à ce jour consensus. En effet, il est souvent difficile de quantifier et qualifier les effets du changement climatique dans les déplacements humains. Par ailleurs, plusieurs conséquences socio-économiques associées aux migrations climatiques sont également à craindre. Dans les pays les plus pauvres, les vagues d’immigration climatique risquent de freiner leur croissance économique et leur développement en congestionnant les infrastructures existantes et l’accès aux ressources naturelles (Diallo et Renou 2015). De plus, la migration climatique pourrait engendrer des défis de maintien de la paix et de sécurité internationale et constituer un enjeu politique, économique, social, culturel et institutionnel complexe qui pourrait suivre « un mécanisme de propagation et de répercussion des crises locales à l’échelle internationale » (Ambrosi et Hallegatte 2005, 18).

Analyse de la revue de littérature

La menace à la sécurité ne réside pas tant dans le changement climatique mais dans les conséquences de ce dernier et dans les réponses que les Etats choisissent d’adopter. Pour faire face à cette menace globalisée, une coopération internationale est alors nécessaire, au dépend d’une réponse militaire nationalisée. Cependant, la littérature scientifique semble indiquer que les enjeux de sécurité humaine, amenés par la dégradation environnementale, concernent avant tout les pays dits du Sud. Or, en établissant une distance avec les enjeux relatifs au changement climatique, les pays occidentaux tendent à ne pas assez les inclure dans leur agenda politique. Simon Dalby (2008) a d’ailleurs établi que pour les pays occidentaux, le changement climatique ne constituerait une menace que s’il devenait une source d’instabilité politique ou s’il avait un potentiel de propagation. L’inertie générale qui en découle ne permet donc pas l’établissement de politiques d’aide humanitaire de grande envergure et laisse entrevoir un avenir plus incertain, principalement pour les pays en développement.

En ce qui concerne le lien entre le changement climatique et l’émanation de conflits, le changement climatique pourrait être un catalyseur de violence. La naissance d’un conflit est en effet assujettie à l’existence d’autres facteurs et dépend également de la réponse des États, des inégalités nord-sud préexistantes et de la possible instrumentalisation des tensions pour l’accès aux ressources par les pays occidentaux. Les conséquences du changement climatique sont alors perçues comme une menace non traditionnelle et indirecte à la sécurité internationale, nécessitant une coopération assidue entre les Etats. Or, il est fort à parier que dans une situation de crise, les Etats aient tendance à se replier sur leurs intérêts nationaux et sur la protection de leur population. Les débats autour du contrôle et de l’accès aux ressources pourraient alors renforcer le nationalisme d’Etat. Par ailleurs, les discussions organisées sous l’égide du PNUD ont mis en lumière des tensions et inégalités Nord-Sud qui pourraient constituer un frein majeur à une coopération internationale optimale. Les pays du Sud craignent en effet que les enjeux environnementaux soient instrumentalisés par les pays du Nord, et en particulier ce qui à trait aux ressources rares. Simon Dalby (2008) souligne également que les scénarios catastrophes dans lesquels une pénurie de nourriture et d’eau douce ainsi que des grandes vagues de migration vers le Nord pourraient se réaliser. En effet, ces scénarios pourraient voir le jour étant donné que les modes de consommation des ressources naturelles sont portés par les populations occidentales fortunées et que ces mêmes pays ont le pouvoir de mobiliser leur armée pour contenir les flux migratoires ainsi que de développer un discours d’ampleur privilégiant la protection nationale en réponse aux défis globaux (Dalby 2008). Devant l’imminence et l’ampleur de la menace, les pays devraient donc revoir leur logique protectionniste en incluant davantage les enjeux climatiques dans leur agenda politique. Le changement climatique ne doit en effet pas être considéré comme étant un problème propre aux pays du Sud mais plutôt comme une menace non traditionnelle et globalisée à la sécurité, susceptible d’amplifier les pressions sociales et environnementales existantes.

            Au-delà de la menace à la sécurité que représente la crise climatique, il est important de souligner que les activités militaires constituent également une menace environnementale importante. Afin de freiner la dégradation environnementale en cours, il est alors important de considérer cet enjeu souvent négligé.

L’impact environnemental des activités militaires 

Les discussions sur le climat encadrées par les Conférences des Parties (COP) n’ont à ce jour jamais abordé l’impact environnemental des conflits armés, or, les activités militaires ne sont pas sans conséquences sur l’environnement. Émissions de CO2, érosion des sols, déforestation ou même radiations liées à l’usage du nucléaire militaire, les activités militaires sont à l’origine de dégradations environnementales considérables, tant à l’échelle planétaire que locale. À l’échelle mondiale, les Scientists for Global Responsibility estiment en effet que les activités militaires sont à l’origine de près de 6% des émissions globales de gaz à effets de serres, rivalisant de près avec les industries du transport ou du textile, et que l’armée américaine aurait à ce jour la plus grande empreinte carbone. Ces estimations comprennent de nombreux facteurs comme la production d’armes et de matériels militaires, l’entretien des bases militaires, l’utilisation des véhicules marins, aériens et terrestres consommant une grande quantité d’énergies fossiles, ainsi que les dégâts causés par les conflits armés tels que la déforestation, les incendies, les besoins en soin et en ressources des populations touchées et la reconstruction socio-économique des sociétés affectées (Mr Mondialisation 2020).

L’usage de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam a par ailleurs constitué une catastrophe écologique et sanitaire majeure dont les effets se répercutent encore aujourd’hui, près de trois générations après. Entre 1961 et 1971, l’aviation américaine a déversé des millions de litres d’herbicide toxique sur des vastes étendues forestières du Vietnam du sud engendrant un véritable écocide. L’agent orange fut en effet responsable de la déforestation, de l’extinction de la biodiversité locale, de l’émergence de malformations importantes et de pathologies mortelles. Encore aujourd’hui, l’impact désastreux de cet agent chimique continue de faire des dégâts auprès des populations vietnamiennes (Mr Mondialisation 2020). A titre plus général, les armes et le matériel militaire utilisés pendant les conflits laissent des traces indélébiles sur l’environnement. Les mines terrestres, armes à munitions et autres explosifs abandonnés sur les zones de combat peuvent en effet impacter la fertilité des terres agricoles et polluer les sols et les eaux en relâchant des matières énergétiques toxiques. Dans les conflits armés de grande envergure, la quantité de matériels militaires produits ou abandonnés sur les zones de combat expose donc également les populations locales à des risques sanitaires élevés (Weir 2020).

Une autre conséquence des conflits armés ayant un impact sur l’environnement est la délocalisation des populations locales. Les camps de réfugiés et les déplacements internes de populations peuvent en effet avoir une empreinte environnementale conséquente, en particulier dans les régions ne possédant pas les capacités d’accueil nécessaires. Les migrants peuvent ainsi être contraints d’utiliser les ressources locales, ce qui peut conduire à un appauvrissement drastique de ces dernières. Les populations déplacées à la suite d’un conflit peuvent également se déplacer à l’intérieur des zones urbaines, augmentant la densité démographique et mettant les services locaux sous pression. Les mouvements de réfugiés à grande échelle peuvent également créer des impacts environnementaux transfrontaliers lorsque des zones des pays voisins ont du mal à faire face à l’afflux de personnes et à répondre à leurs besoins fondamentaux (Weir 2020). On peut à cet effet citer le cas du conflit au Myanmar pour lequel les populations Rohingyas migrent au Bangladesh, pays qui n’arrive pas à faire face à cet afflux migratoire majeur.

Pour finir, il fut observé que la déforestation augmentait souvent pendant les conflits, principalement du fait de la surexploitation du bois et du charbon de bois pour le carburant et le chauffage des acteurs de la guerre. Les stratégies d’adaptation civiles peuvent également conduire à la surexploitation des ressources naturelles (Weir 2020). A titre d’exemple, la guerre en Afghanistan a entraîné la destruction de plus de la moitié des forêts du pays. Cette déforestation à grande échelle a entraîné une dégradation considérable des paysages et des terres agricoles, au-delà des conséquences sociales et économiques subies par la population locale (Mr Mondialisation 2020).

 

En définitive, les enjeux climatiques sont largement reliés aux questions de sécurité internationale. Les conséquences de la crise climatique se faisant déjà ressentir à l’échelle planétaire et locale; il est désormais urgent d’intégrer les défis relatifs à l’environnement dans les agendas politiques de nos dirigeants. Qu’il s’agisse de l’appréhension des conséquences sur les sociétés humaines et des menaces à la sécurité que le changement climatique représente, ou bien des dommages causés sur l’environnement par les conflits armés, une prise de conscience générale est nécessaire. Le futur reste à écrire et nous tenons entre nos mains les clés pour le rendre plus beau.

Sources consultées

Ambrosi, Philippe et Stéphane Hallegatte. 2005. Changement climatique et enjeux de sécurité.  France: CIRED. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00866405/

Badolo, Félix. 2013. « Chocs des prix, vulnérabilité climatique et sécurité alimentaire dans les pays en développement ». Thèse de PhD, CERDI. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01168291/

Berthelot, Pierre. 2012. « Eau, changement climatique et géostratégie ». Sécurité globale 3 (21): 45-59. https://doi.org/10.3917/secug.021.0045

Dalby, Simon. 2008 . « Environmental change ». Dans Security Studies : An introduction. Sous la direction de Paul D. Williams, 260-273. Abingdon, Oxon: Routledge.

Diallo, Alassane et Yvan Renou. 2015. « Changement climatique et migrations: qualification d’un problème, structuration d’un champ scientifique et activation de politiques publiques ». Mondes en développement 4 (172): 87-107. https://doi.org/10.3917/med.172.0087

Maertens, Lucile. 2014. « Entre sécurisation de l’environnement et environnementalisation de la sécurité: le défi de la sécurité environnementale à l’ONU ». CERISCOPE Environnement (4).http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part4/entre-securisation-de-l-environnement-et-environnementalisation-de-la-securit%C3%A9

Maertens, Lucile. 2015. «  Changement climatique au Conseil de sécurité: reconfigurations du débat             Nord-Sud ». Informations et commentaires (172): 17-24. https://archive-ouverte.unige.ch/unige:77644

Maertens, Lucile. 2018. « Le changement climatique en débat au Conseil de sécurité de l’ONU ».  Revue internationale et stratégique 1 (109): 105-114. https://doi.org/10.3917/ris.109.0105

Mr Mondialisation. 2020. «  La guerre: une cause et conséquence de la crise climatique et personne n’en parle ! ». Mr Mondialisation, 21 Janvier 2020. https://mrmondialisation.org/la-guerre-cause-et-consequence-de-la-crise-climatique/

Pomerleau, Joelle. 2009. « Changements climatiques et sécurité en Afrique ». Mémoire de M.A, Université de Sherbrooke. http://hdl.handle.net/11143/7402

Weir, Doug. 2020. « How does war damage the environment? ». Conflict and Environment Observatory, 4 Juin 2020. https://ceobs.org/how-does-war-damage-the-environment/#:~:text=Weapons%20and%20military%20materiel%20used,metals%20and%20toxic%20energetic%20materials.


Maryne Heuzé is a student at Université de Montréal and an intern with Science for Peace during the summer of 2021

[Header image by Chandler Cruttenden on Unsplash]

Leave a Comment

Skip to content